février 10, 2015 Djeffa TISSERAND

Pour toi, qui-suis-je ?

« La reconnaissance est la mémoire du coeur »

Hans Christian Andersen

Dans une relation que je pensais suivie et stable, j’ai été profondément humiliée lorsqu’il a prononcé ces mots : «nous ne sommes pas en couple ». Malgré ce que nous vivions, je n’étais pas sa compagne. Ça m’a renvoyée à des moments encore plus douloureux de mon enfance lorsque ma mère adoptive me présentait aux autres comme « la petite qu’elle a recueillie ». Je n’étais pas sa fille.

Mais alors, qui suis-je ?

Devrait-on se contenter de vivre les situations sans mettre de mots dessus ? Dans ce cas, comment les définir ? Car oui, les mots ont une importance. Ce sont les mots qui mettent une étiquette sur nos émotions. Ce sont les mots qui définissent les moments de vie. Ce sont les mots qui délimitent notre champ d’action. Ce sont les mots du passé qui vont définir les maux du présent.

Qu’est ce que la Reconnaissance ?

La reconnaissance est l’action de poser quelque chose ou une situation comme déjà connue. C’est le fait de déclarer comme vrai, admettre comme incontestable. Je reconnais le goût de la pomme car je l’ai déjà goûtée et que l’on m’a dit que c’est une pomme.

On a pu définir la connaissance à partir de son étymologie : conascere, naître avec. Ainsi la reconnaissance serait le fait de renaître avec. Mais renaître avec quoi ? Avec le regard de l’autre, avec son approbation, sa bienveillance. En effet, lorsqu’un enfant vient au monde, notre regard le voit comme une fille ou un garçon. Puis on reconnaît à travers lui les traits de famille : « il a les yeux de son père, la bouche de sa tante Huguette ». C’est en effet la naissance d’une nouvelle génération. Ne va-t-on pas reconnaître l’enfant devant les autorités, lui donner son nom de famille, dire « c’est MON enfant » ?

Reconnaître équivaut à faire surgir une réalité nouvelle, et à lui donner la force du souvenir, de la réalité déjà expérimentée.

Que se passe-t-il quand on n’est pas reconnu ?

On se sent déboussolé. On ne sait plus très bien où on se trouve. Que croire ? Que penser ? Tout ce vécu n’était qu’illusion ? La pomme était-elle, en fait une poire ?

On se sent humilié. Nié.

Ce sont ces émotions négatives qui surgissent chez Jeannette Bougrab après le décès du dessinateur Charb. La famille de ce dernier ne lui reconnait pas le droit de parler du défunt en tant que compagne. Au-delà des questions de diffamation éventuelle, d’opportunité politique, de conflits familiaux, c’est le besoin de reconnaissance de cette femme qui la conduit devant les tribunaux pour affirmer « Je suis ».

La reconnaissance touche à la notion de territoire, elle aussi. Ai-je dépassé les limites, par mon attitude ? Suis-je à ma place ? Ou plutôt, quelle est ma place réelle ? Ce que j’ai vécu, ça n’est pas ça être une fille, ou une compagne ? Ai-je envie d’être un faire valoir ? Finalement, si je ne sais pas ce que je représente, j’ai du mal à savoir qui je suis et ce que je peux faire.

L’enfant qui ne se sent pas reconnu, essaie de trouver sa place. Il prend du poids. Il développe des maladies de peau. Il se crée une carapace. Il est sujet aux foulures ou aux fractures des membres inférieurs. Il est timide. Ou alors extraverti. Plus âgé, il ne saura pas se comporter avec les autres. Il aura du mal à trouver sa voie professionnelle. En effet, n’avez vous jamais entendu, malgré un bon salaire, des travailleurs se plaindre que leur travail n’est pas … reconnu ?

Être reconnu, c’est se savoir à sa place.

Être à sa place, c’est délimiter son champ d’action.

Délimiter son champ d’action, c’est savoir et pouvoir adapter son comportement à une situation donnée.

Adopter le juste comportement, c’est se respecter et respecter autrui.

Être reconnu, c’est être respecté dans ce que l’on est et ce que l’on vit.

La Reconnaissance ou la Gloriole ?

Quand je parle de la reconnaissance, je ne parle pas de ce petit sentiment que j’appelle la gloriole. Le besoin de briller à tout prix, ou la quête incessante de reconnaissance, me semble inquiétant. A mon sens, il dénote une faille dans la construction émotionnelle de la personne. Je pense évidemment aux adolescentes pimbêches des séries télévisées, avides de popularité et de notoriété.

Pourtant Gladys B. Stern affirmait que « la reconnaissance silencieuse ne sert à personne ». Il est donc important de dire, de montrer que l’on reconnaît l’autre, dans ce qu’il est, dans ce qu’il fait. Il est important de le valoriser. En ce sens, la reconnaissance se vit comme deux bras qui vous enlacent d’amour. Elle est comme une couronne de gloire que l’on dépose sur votre front. Être reconnu pour son travail, pour son talent, pour ses vertus … Recevoir une marque insigne de reconnaissance.

La Reconnaissance et la Gratitude

Car en effet, la reconnaissance est sœur jumelle de la gratitude. Quand on se sent reconnu, on est plein de gratitude. Et celui qui vous reconnaît vous témoigne aussi de la gratitude pour la trace que vous laissez dans sa vie.

« Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur, elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries »

Marcel Proust

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About the Author

Djeffa TISSERAND Juriste depuis 2003, je propose une approche holistique de la Justice. Je vous accompagne dans un apprentissage de vos valeurs, pour les affirmer et tisser des relations justes, dans tous les domaines de votre vie

Comments (6)

  1. Quel beau texte, quelle émotion, quelle résonance. Merci !

    La reconnaissance est un besoin que nous éprouvons tout au long de notre vie. Et notre monde de plus en plus digitalisé encourage cette quête qui s’oriente de plus en plus vers la gloriole, comme tu le dis si bien. De la reconnaissance vitale, on glisse vers la gloriole amère et éphémère.

    Je vais prendre le temps et le plaisir de lire tes autres écrits car je ne doute pas d’y trouver d’autres pépites toutes aussi belles que celle-ci.

    • Djeffa TISSERAND

      Merci Daniel !
      Je n’avais pas pensé au Net, mais tu as entièrement raison. La reconnaissance et le référencement 😉 Merci pour ce nouvel angle.
      A présent, sans vivre sous le regard d’autrui, il nous est nécessaire pour nous positionner par souci de respect mutuel.

      Je te souhaite une belle promenade contemplaâktive 😉

    • Entre une page entière de recherche Google qui l’attribue à Andersen et votre lien Wikipédia, je ne peux me résoudre qu’ à une seule chose :
      vous remercier chaleureusement pour la découverte, notamment du livre en note de bas de page numéro 5, sur le lien, « Dictionnaire de la conversation et de la lecture »

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