février 19, 2015 Djeffa TISSERAND

Moi, fanatique

Je suis chrétienne. Par le baptême que mes parents ont choisi pour moi petite. Puis par choix, adolescente.

Oui, je crois en Jésus-Christ.

J’avais connu les assemblées charismatiques où des gens ayant vécu des histoires extraordinaires parlaient de ce Jésus. J’en avais « les poils » à chaque fois.

Tu sais, je suis hypersensible et hyperémotive. Alors, même si les accidents de la vie m’ont un peu blindée, si tu sais me parler d’amour inconditionnel et de miracles merveilleux, je peux être un peu secouée.

Lorsque je suis venue poursuivre mes études de droit à Toulouse, j’ai laissé la foi et ma solide éducation religieuse derrière moi. A moi la fête et les mecs ! Mais la « liberté » a un prix et celui-ci a été de me fragiliser encore un peu plus. Affectivement immature, j’accumulais les rencontres blessantes. J’étais seule, humiliée, bafouée. Si Dieu existait vraiment, pourquoi étais-je aussi triste ? Si Jésus était monté au Ciel, comment diantre ne le voyait-on pas au télescope ? Bref, clairement, ces fadaises n’auraient pas prise sur ma santé mentale, déjà fragile.

Et puis il y a eu ce jour d’août 2003. Ça n’est pas le lieu, sur ce blog, d’évoquer cette intimité. Mais j’ai cru. Depuis ce jour, je vois le Merveilleux dans ma vie. Depuis ce jour je vois l’Impossible se réaliser.

Quand on débute un apprentissage, qu’on a soif de changement et de connaissances, on a besoin d’être accompagné. On a besoin que quelqu’un réponde à nos questions, s’investisse à nos côtés. J’ai trouvé ces groupes. On y vivait des choses fortes. Les prédicateurs faisaient de longues interventions tellement « habitées » … Il fallait changer de vie, de fréquentation, prendre garde à ses vêtements, aux lieux que nous fréquentions. Au Nom de Dieu. Pour cela, Il envoyait la Vierge Marie apparaître dans les régions les plus montagneuses du monde pour nous dire qu’on déconne. Et comme on se contente d’y boire de l’eau fraîche, Il parle à travers tes pasteurs pour te dire exactement ce que tu ne dois pas faire.

Dans ce groupe, j’avais un bon potentiel. J’ai été vite désignée comme la prostituée convertie. J’allais prêcher la chasteté. Encore faut-il savoir que si l’Église t’invite à la chasteté, elle n’est pas fichue de te dire ce que c’est. J’ai écumé les couvents toulousains, aucun moine, pour le coup censé vivre cette remarquable vertu, n’a été en mesure de me dire ce qui en découlait … « Fais ce que je dis, pas ce que je fais »

Toi le catho qui manifeste pour tous en ton nom seul, je t’entends déjà me dire que l’Eglise est sainte et pure. Dans l’Eglise, les dogmes sont d’une rarissime violence pour l’âme humaine. Et d’ailleurs, je n’ai véritablement trouvé Dieu, que dès l’instant où j’ai quitté le joug qui m’était imposé, loin de tes assemblées.

Moi fanatique ? Oui ! J’ai fait ce qu’on m’a appris. J’ai prêché l’enfer à ceux qui n’obéissaient pas. J’ai prononcé des paroles de malédiction sur les concubins. J’ai lu les visions de l’enfer de Sainte Françoise Romaine aux homosexuels. J’ai dit à des femmes éplorées que Dieu ne saurait les écouter car elles commettaient le péché. J’ai rappelé à des femmes violentées que le mariage chrétien est indissoluble et qu’elles s’en sortiraient avec la prière.

J’ai dit tout ça en croyant que c’ était de l’Amour. Car mon être entier vibrait pour le Saint Nom de Dieu. Je rayonnais de joie. J’aimais ces gens profondément et je les voulais heureux.

C’est bien connu : pour que l’autre soit heureux, la menace et la peur sont les meilleures solutions.
Le Dieu que je « connais » est père. Et de fait, Il éduque : je suis tombée enceinte en dehors du mariage. J’ai appris une leçon. Et j’ai vu alors le cœur sans miséricorde de mes « frères ».

Je n’ai pas perdu la foi. J’ai choisi plutôt de devenir disciple. Alors j’ai fait comme mon maître. Je suis sortie du confort de vos assemblées schizophrènes et hypocrites. J’ai été voir les prostituées, les pauvres, les malades, ceux qui ne croient pas, ceux qui croient autrement. Et j’ai trouvé Dieu, l’Amour, la Vie, l’Univers , appelle « ça » comme tu veux. Je continue à avoir une ascèse spirituelle, à prier pour mon prochain. Et surtout j’apprends la discipline du Christ : aimer et ne pas juger.

Je condamne tout mouvement religieux qui fait peser la peur, la culpabilité sur l’âme des Hommes. L’Eglise, en 2015, est encore terroriste. Dr Baptiste Baulieu évoquait sur le HuffPost ces adolescents ayant tenté de se suicider après avoir entendu les slogans de la Manif pour tous. Combien de gens consultent car on leur a donné tellement de directives péremptoires qu’ils n’ont plus confiance en eux, en leur propre discernement. Pourtant, c’est un enseignement de l’Apôtre Paul : « discernez les esprits », bordel !!!

Comment un Dieu d’amour peut vous contraindre par la peur ?! Comment puis-je me permettre de condamner « mon frère » alors que Celui que j’invoque comme le Fils de Dieu n’est pas venu pour juger ? Suis-je Dieu moi-même qui sonde les cœurs et les reins pour savoir à ta place comment agir ?

Alors quand on pointe les islamistes du doigt, je m’insurge. D’autres violences ont lieu sur le territoire national. Et ailleurs que dans l’islam radical, on appelle des âmes fragiles au martyre : je me suis levée pour ça. J’ai reçu une onction pour ça. Oui, en France, dans une assemblée catholique, j’ai dit que je mourrais pour le Nom de Dieu.

Mais que viennent faire cette réflexion et cette confidence sur ce blog ?

  • Vous dire que je ne suis pas juge. Quelle que soit votre requête auprès de moi, je l’accueille avec bienveillance : c’est un moment de votre vie. Et je suis bénie de marcher à vos côtés, dans la confiance.

  • Vous encourager à vous méfier de tout ce qui veut vous maîtriser en instaurant un climat de peur : un gouvernement, un mouvement religieux, un compagnon de vie, une institution publique. Rebellez-vous ! Je « prendrai les armes » à vos côtés. Votre vie est précieuse, telle qu’elle est, ici et maintenant.

  • Ne pas me croire. Jamais. Je ne détiens pas la Vérité. Ayez confiance en vous, en cette petite voix en vous. Certains l’appellent la confiance, les chrétiens l’appellent le Saint Esprit. Nul n’en a reçu plus que d’autres en vertu d’un sacrement. Discernez, questionnez, remettez en cause. Toujours.

  • Je suis juriste et je cherche la Justice. Parfois, la Justice n’a rien à voir avec les lois qu’on nous impose. De plus, la Loi est à notre service : pas l’inverse.

  • Vous encourager à décider, à choisir, à aimer, à vivre. Personne ne saura le faire à votre place mieux que vous.

  • Vous dire que celui qui se radicalise, change de vêtement, de nourriture*, de fréquentations a simplement un besoin viscéral d’être aimé. Il a soif de justice. Tout simplement …

Je suis à vos côtés pour en parler.

(Bon et Saint Carême à mes frères chrétiens)

*parfois, il est juste allergique au gluten ..

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About the Author

Djeffa TISSERAND Juriste depuis 2003, je propose une approche holistique de la Justice. Je vous accompagne dans un apprentissage de vos valeurs, pour les affirmer et tisser des relations justes, dans tous les domaines de votre vie

Comments (2)

  1. Martine

    Djeffa.
    Cet article est resté ouvert toute la journée sur mon ordinateur, sans que je ne trouve un moment pour le lire.
    Et là avant de fermer toutes les fenêtres, « Moi, fanatique » attendait.
    J’aime ta façon d’écrire, je t’envie parfois de pourvoir te livrer de la sorte… plus j’apprends à te connaitre, et plus je comprends pourquoi nos chemins se sont croisés.
    J’aime à dire que l’on rencontre les gens parce qu’ils ont des choses a nous apprendre sur nous même. Tu le confirmes. Un jour sans doute, nous discuterons face à face, mais pour l’heure je t’invites à croire ici et maintenant que Dieu t’utilise pour prêcher l’amour, celui avec un grand A.
    Merci

    • Je viens juste de tomber sur ce message, à la faveur d’une attaque massive sur le blog.
      Merci Martine …. En tout cas, je mets toute mon énergie et le temps qui me reste à vivre à aimer de mon mieux, sans juger, ni condamner. Au plaisir de partager avec toi

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