mars 13, 2015 Djeffa TISSERAND

La Vague

Un mur d'émotions négatives

« Pour commencer, il faut simplement commencer. On n’apprend pas à commencer. Pour commencer, il faut simplement du courage »

Vladimir Jankélévitch

Il y avait eu un cyclone quelques jours auparavant. La Mer des Caraïbes était encore houleuse. Je trouvais cela risqué d’aller se baigner avec notre fils d’un an. Son père m’a dit :  « N’aie crainte, il suffira de sauter la vague ».

Les unes après les autres, je sautais les vagues. Cela en devenait presque amusant.

Puis je l’aie vue. Elle avançait menaçante, de plus en plus haute, un mur de plus de deux mètres. Infranchissable.

Saisie de peur, je me suis laissée emporter. Ma tête a violemment heurté le plancher continental. J’en ai lâché mon bébé de douleur. J’ai échoué paniquée sur la plage. Retour à la case départ.

La vie est une baignade à la mer. Parfois, elle est huileuse et on savoure les rayons du soleil et son sel. On affronte les cyclones, seul ou entouré des siens. Il y a du remous, mais on saute les vagues.

Car il est, je crois, nécessaire de sauter les vagues. A rester immobile, on risque de se faire mal.

Rester immobile c’est avoir l’orgueil de croire que nous aurons la force de supporter ce qui nous arrive.

Rien n’est immuable dans la Vie. Et vivre demande d’être capable de s’adapter aux situations nouvelles, aux évolutions. L’Être humain est fait pour la croissance, il est appelé à grandir. La Vie est mouvement perpétuel. Il est rare d’être impassible face aux émotions, aux situations douloureuses. Tout cela a un impact sur nous. Celui qui parvient à rester totalement impassible risque gros pour sa santé mentale. Nous mettons toujours en place des stratégies pour affronter les épreuves.

La femme battue pour conserver l’espoir que son conjoint changera. Viendra le jour où elle décidera d’affronter la situation pour partir ou affronter la vague et mourir.

Rester immobile c’est courir le risque d’être déraciné et de revenir, de force, à la case départ.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais parfois, on semble revivre sempiternellement les mêmes épreuves. Comme si nous n’avions pas appris notre leçon. L’épreuve se présente sous une forme nouvelle, mais la leçon à apprendre est la même. Comment passer en classe supérieure, alors, si les apprentissages de l’année écoulée ne sont pas assimilés ?

Rester immobile, c’est se blesser soi-même, perdre ce qu’on pense tenir si fort, et perdre toute confiance.

En effet, après avoir pris cette vague de front, j’ai lâché ce à quoi je tenais le plus. Cet événement est un mur d’eau négative qui s’abat sur vous. Terriblement peur de l’avoir perdu. J’ai eu peur. Et j’ai gardé longtemps la peur de « me jeter à l’eau ». Mais oui, nous étions bien, nous savourions l’instant, nous connaissions les risques et savions les anticiper. Et là, face à ce mur, j’ai été démunie. Mon ex-mari, lui a plongé. Il a même trouvé l’instant savoureux. La peur m’a paralysée. Car, soyons sincère : ce qui nous immobilise, c’est la peur.

Si je quitte cette situation que je connais bien, mes habitudes, ma routine, que va-t-il se passer ? Que va-t-il m’arriver ? Quel bénéfice ai-je à rester ? Le seul, à mon sens, est que je suis habituée à faire des petits sauts dans l’eau …

En effet, il y a des risques à trouver une autre solution à la peur : avoir du courage. Simplement, écouter son cœur, entendre ce qu’il nous dit pour notre plus grand Bien. Faire ce petit pas ou ce grand plongeon vers l’inconnu. Vers l’inconnu ? Plonger plutôt vers nos ressources intérieures. Se découvrir une force, une imagination, une autre façon de créer. S’émerveiller, se réjouir de tout ce que l’on peut accomplir.

Quand je me suis retrouvée échouée sur la plage, j’avais gardé en moi cette peur panique de ne pas être capable d’affronter la vague. J’avais gardé en moi la peur de mourir et d’avoir noyé mon bébé. Pourtant, ce dernier était mort de rire dans mes bras … Face à cet échec, j’ai préféré fuir, faire volte-face, ne pas rentrer dans l’eau, me cacher du regard des autres. M’effacer.

Peu importaient mes envies, mes désirs, le plaisir des vacances, j’avais peur de l’eau.

Face aux échecs, nous avons tendance à nous enterrer vivants.

Ça n’est pas grave, un jour, ce conjoint violent mourra. Les enfants grandiront. Je serai mutée dans une autre service, loin de ce manager malsain. Quelqu’un d’autre saura mieux que moi créer cette entreprise et mener à bout ce projet.

Rester immobile est une solution de facilité. Mais elle engendre une peur encore plus grande et une solitude écrasante. Vous êtes seul à savoir qu’un jour, vous avez du affronter une vague géante et que la peur vous a paralysé.

J’évoque les femmes violentées dans cet article. Un premier petit pas, gratuit, qui n’apparaît pas dans les décomptes des factures téléphoniques : le 3919

Pour les autres qui ont besoin de faire un petit pas, dans la vie privée, ou dans leurs entreprises, contactez-moi

« Il faut courir des risques.Nous comprenons réellement le miracle de la vie seulement quand nous laissons l’inattendu se produire »

Paulo Coelho

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About the Author

Djeffa TISSERAND Juriste depuis 2003, je propose une approche holistique de la Justice. Je vous accompagne dans un apprentissage de vos valeurs, pour les affirmer et tisser des relations justes, dans tous les domaines de votre vie

Comments (12)

  1. MonEncre

    Ce texte est d’une beauté tant par le fond que la forme. Une magnifique plume au service d ‘une très noble cause.

  2. CARRIGAN

    Ce texte me parle beaucoup, à un moment où je me languis d’avancer tout en ne sachant pas où aller. Et il me donne aussi envie de me jeter dans l’océan, là où je me suis toujours sentie vivante et pleine d’espoir.

    • La grosse vague arrive toujours. Elle n’est pas forcément négative. Elle est et elle vient. Quand elle se forme à l’ horizon, il faut « simplement » décider de plonger ou de la surfer …

  3. Magnifique texte !
    J’aime beaucoup cette parabole de la vague … sauter, plonger, surfer … en tout cas faire quelque chose.
    Merci, je suis justement passé à l’action depuis quelques semaines, et une action en entrainant une autre, la peur s’évanouit avec, doucement.
    Et en étant dans l’action, je me sens vivante !

  4. Excellente cette parabole de la vague Djeffa. Vôtre joie, vôtre bonne humeur, vôtre manière de voir les pires choses, sont comme l’écume à la crête des vagues qui éclaire les abÏmes insondables.

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